21 septembre 2026
Article rédigé par le Centre de Suivi Écologique (CSE), Sénégal
Au cœur du Living Lab de Ouarkhokh : utiliser les technologies des drones et du système mondial de navigation par satellite pour améliorer l’inventaire des espèces d’arbres dans les zones agrosylvopastorales
Du 20 au 23 juillet 2026, une mission de validation a été menée dans le Living Lab de Ouarkhokh, au cœur de la zone sylvopastorale sénégalaise. Elle visait à tester, en conditions réelles, un protocole intégré combinant l’inventaire des ligneux, le positionnement système mondial de navigation par satellite (GNSS), la collecte numérique des données et l’imagerie par drone par une équipe composée de M. Al Housseynou Niang, Mme Adama Lo et M. Abdoul Aziz Diouf.
GALILEO et les Living Labs
Financé par Horizon Europe, le projet GALILEO vise à renforcer la résilience des populations rurales face au changement climatique par le développement de systèmes agroforestiers associant arbres, cultures et élevage. Ses Living Labs constituent des territoires d’expérimentation participative réunissant chercheurs, producteurs, communautés et acteurs locaux.
Au Sénégal, les activités sont menées dans les Living Labs de Niakhar, dans la région de Fatick, et de Ouarkhokh-Dahra, dans la région de Louga. La mission de juillet s’est concentrée sur Ouarkhokh afin d’évaluer la faisabilité technique et opérationnelle du protocole d’inventaire grâce aux différents outils.
Mieux connaître les arbres des systèmes agroforestiers
Dans le Ferlo, les arbres occupent une place importante dans les systèmes agricoles et sylvopastoraux. Cependant, l’étendue du territoire, l’accessibilité de certaines zones et la variabilité de la densité des ligneux compliquent leur suivi.
L’approche testée permet de relier les observations de terrain aux images acquises par drone et par satellite. Elle doit contribuer à la cartographie des arbres individuels selon les espèces, à la caractérisation des systèmes agroforestiers et à l’amélioration des estimations du stock de carbone des arbres.
Une chaîne de collecte intégrée et testée sur le terrain
Le protocole associe plusieurs technologies complémentaires. Les récepteurs GNSS CHCNAV et Reach RS2 servent à géolocaliser les arbres avec une précision supérieure à celle du GPS d’une tablette. Les mesures dendrométriques décrivent le diamètre du tronc, la hauteur totale et les dimensions du houppier selon les axes nord-sud et est-ouest. Un drone acquiert des images aériennes destinées à produire des orthomosaïques détaillées des placettes. Enfin, l’application mobile Land.Tree Survey, conçue à cet effet, centralise l’occupation du sol, le nom scientifique de l’espèce, les mesures, les coordonnées et, lorsque nécessaire, une photographie de l’occupation du sol ou de l’arbre.
Trois configurations ont été expérimentées : les mesures suivies du levé GNSS avec une base locale ; le vol de drone et les levés GNSS réalisés en parallèle avant les mesures ; puis le positionnement RTK à partir d’une station permanente du réseau géodésique, via le protocole CORS-NTRIP.
Premiers résultats et enseignements
La mission a permis de visiter six placettes et d’enregistrer 276 individus. Les observations montrent une dominance de Balanites aegyptiaca et d’Acacia tortilis, ainsi que la présence d’autres espèces caractéristiques des paysages agroforestiers de la zone sylvopastorale.
Les essais ont également confirmé l’intérêt des technologies GNSS pour améliorer la géolocalisation des arbres. Certaines contraintes liées à l’accessibilité des sites, à la connectivité et au temps de collecte ont toutefois été relevées.
Ces résultats permettront d’améliorer la sélection des placettes, l’organisation des équipes et les outils utilisés lors des prochaines campagnes de terrain.
Des innovations améliorées à partir de l’expérience de terrain
La mission a permis de tester l’application Land.Tree Survey en conditions réelles et d’identifier les améliorations nécessaires. L’application facilite désormais la collecte hors connexion, l’attribution d’identifiants uniques, le contrôle de la qualité et l’exportation des données.
Elle permet également de relier les mesures dendrométriques, les positions GNSS, les photographies et les images acquises par drone et par satellite sur une base de données centralisée. Cette intégration contribuera au développement de modèles d’intelligence artificielle pour cartographier les arbres, identifier les espèces et améliorer l’estimation du stock de carbone.
La prochaine étape
La prochaine étape consistera à organiser une mission de terrain complète dans les deux Living Labs. Elle mobilisera une équipe pluridisciplinaire du CSE, composée de spécialistes en agroforesterie, en GNSS et en drone, afin de couvrir l’ensemble des placettes sélectionnées et d’assurer une collecte efficace et coordonnée des données.

